J'ai beau expliquer à Rami que c'est l'orage qui arrive, il me répond, mais non, papa, ce sont les fusils !
Beau dimanche, les combats se sont calmés à Beyrouth. Mon beauf et ma belle mère sont chez nous : j'ai fait du indian butter chicken et Mima a fait un super cake banane-chocolat. Nous sommes assis dans le salon. Et tout d'un coup, les murs tremblent. Boum. Boum-boum.
A deux kilomètres au sud de chez nous, a Choueiffate, une ville peuplée majoritairement de musulmans druzes et de chrétiens, plusieurs nuages de fumée s'élèvent : pour la première fois depuis, mercredi, date du début de l'offensive militaire de l'opposition contre les forces démocratiques, on assiste à un bombardement à l'artillerie. Le bruit est assourdissant, il vient de la zone située entre l'aéroport et la route de Saïda, fief du Hezb. On allume la télé : le hezb a attaqué la montagne druze et les supporters de Joumblatt, le seigneur de la montagne et chef du Parti socialiste progressif (PSP) sont déjà sommés de se rendre à l'armée libanaise... Les tirs s'intensifient : Myriam décrète l'état d'urgence : on prépare nos affaires en vue d'une fuite précipitée vers notre maison à la montagne. Rami emballe sa playstation en toute urgence, je ramasse passeports et laptop, Mima prend les affaires de Reem... et puis finalement, les tirs se calment : un cessez-le-feu est annoncé pour 18h... et celui-ci semble tenir à l'heure où je vous parle.
Donc plus de panique qu'autre chose, mais bon, ça commence à être moins drôle...
Je regarde mon mail : l'université devrait ouvrir demain. Je ne sais pas comment cela sera possible, mais bon.
Du point de vue de la situation, les choses deviennent un peu plus claires, même si la confusion règne toujours : le hezb a lancé une guerre directe contre les partis du gouvernement. Les sunnites de Hariri sont tombés vendredi, les druzes de Joumblatt sont tombés aujourd'hui. Sans combattre. Faut dire que l'histoire des milices du gouvernement, ces soi-disant armées saoudo-américaines, n'ont existé que dans les esprits lumineux des gens de Aoun. Tout le monde sait bien que seul le hezb a des armes, puisqu'il contrôle les frontières et l'aéroport. A moins qu'une usine de kalash ait été inaugurée en secret au Liban.
Autre enseignement : le hezb n'est plus un parti libanais. C'est une arme étrangère, qui tue des libanais, bloque l'aéroport, détruit Beyrouth. C'est une armée qui ne veut pas vivre avec les autres libanais, qui ne partage pas les valeurs des libanais, qui n'existe pas dans le même monde que nous, les gens qui travaillons, vivons pour nos enfants, espérons un futur pour ce pays.
Ca a le mérite d'être clair.
A demain.
dimanche, mai 11, 2008
samedi, mai 10, 2008
Les Orques

Vous vous souvenez du film "Le Seigneur des anneaux " ? La scène où se forme l'armée des orques, ces montres équipés de cette épée plate et noire ? Et bien, lors du dernier rassemblement du Hezb, cette image m'est venue à l'esprit, quand comme un seul homme, des milliers d'hommes en noir se sont mis à hurler "mort à l'Amérique, mort à Israël" en levant le poing et le faisant retomber sur leur poitrine...
Ces orques sont maintenant dans les rues de notre capitale, devant Starbucks sur Hamra, sur le parking de Zara à Verdun, ou dans les ruelles de Bosta, à 200m de mon bureau. Défiant une armée libanaise figée de terreur, ils défilent sur des mobylettes, avec leurs cagoules et leurs kalashs, leurs petits frères de 13 ou 14 ans assis à l'arrière.

Ils terrorisent les gens, principalement les sunnites, qui vivent dans ces régions, tirant au RPG sur des immeubles d'habitation, sur des magasins, incendiant les voitures et accessoirement tuant des membres du parti politique de Hariri, le Mouvement Futur.
Ils ont détruit la télé et le journal de ce dernier, dans un geste totalement incompréhensible : la résistance islamique, le Hezbollah, ont bénéficié depuis 2000 d'une impunité presque totale dans toutes leurs activités, sous prétexte que la lutte contre Israël est une priorité nationale. Ils se sont lancés dans une guerre en 2006, sans demander l'avis de personne, et le fait de ne pas s'être fait massacrer leur à permis de déclarer victoire, la victoire divine.
Durant cette guerre, le Hezb a également gagné le coeur de certains libanais, éblouis par le courage et le sens du martyr de leurs combattants. Les armes de la résistance sont désormais sacrées : devant la faiblesse de l'armée libanaise et l'attitude partisane des UN, le Hezb est une armée sacrée, privée, mais dont l'agenda est bien différent de celui des institutions politiques libanaises. Et des libanais assoiffés de paix et de tranquillité.
Or, les évènements de ces derniers jours ont poussé le Hezb a utiliser ses armes contre des libanais. Contre des citoyens libanais. Pour de vagues motivations politiques. Une histoire de sécurité à l'aéroport et la mise en évidence d'un réseau de télécom privé permettant au Hezb de by-passer le réseau national.
Voici donc aujourd'hui les raisons pour lesquelles la victoire "militaire" du Hezb, sur des populations civiles proportionnellement désarmées est une victoire à la Pyrrhus :
- Le hezb a utilisé ses armes vers l'intérieur. Ses armes ne sont donc plus sacrées.
- Le hezb a bloqué l'aéroport, envahi Beyrouth et tué des libanais : comme Israël.
- Le hezb a tenté de renverser le gouvernement par la force : il n'est plus une force démocratique qui peut prétendre au jeu démocratique.
- Le hezb s'en est pris aux journalistes et à une télé internationale écoutée dans le monde arabe : il a perdu le soutien de la presse et des journalistes indépendants.
- Le hezb a monté contre lui les gens qui avaient un minimum de respect pour lui : il le payera aux élections, si elles ont lieu un jour...
- Le hezb ne sait pas quoi faire de sa victoire : le premier ministre est plus fort que jamais et le hezb devra maintenant négocier en position d'accusé, clairement coupable.
- Le hezb a perdu le respect de la rue arabe sunnite : il ne lui reste que l'Iran et la Syrie.
- Le hezb n'a pas répondu aux attentes de ses supporters qui comptaient sur une victoire totale.
On peut ainsi facilement se demander si le hezb, comme Israël en 2006, n'est pas tombé dans un piège savamment organisé par la majorité et les USA. Les évènements prochains vont nous permettre d'y voir plus clair.
Nous, pas de soucis : nous sommes allés aujourd'hui manger un burger chez Roadster à Jal El Dib. Là-bas, la vie est comme d'hab. Familles, courses, magasins ouverts. La seule inquiétude, c'est concernant les écoles et surtout l'université lundi : comment gérer une classe où 50% est Hezb et 50% hariri ? Jusqu'à maintenant, cela en restait aux insultes et moqueries. Mais il se peut que dans une même classe se retrouvent des jeunes qui se sont battus dans la rue la veille... On verra.
Allez, ce soir, OL-Nancy. J'avais des billets... je devais être au stade avec Gilles. Et demain, je devais manger avec ma mère et ma soeur, voir ma grand-mère. Ce sera pour une autre fois, si on arrive un jour à réouvrir l'aéroport.
Bises
vendredi, mai 09, 2008
La drôle de guerre
Alors que l'Europe libre fête la capitulation nazie de 1945, Beyrouth est le théâtre d'un évènement assez curieux : l'opposition vient de s'emparer en 3 jours de la capitale, du pouvoir et du système économique. Une dizaine de morts, quelques immeubles en feu et le tour est jouée. L'armée libanaise a fermé les yeux et le peu qu'il restait des institutions légales (celles héritées des seules élections libres ayant eu lieu au Liban depuis... bien longtemps) est maintenant encerclé par les miliciens des partis Amal et Hezbollah.
(Photos AFP / NowLebanon - Merci...)

L'opposition, dont le Général Aoun, parle de libération. Le pays est enfin libéré de tous ces vendus à Israël, tous ces agents de Bush et de Sarko. Enfin !
En ce qui me concerne, j'ai bien de la difficulté à comprendre ce qu'il se passe... Le blocage politique faisait finalement l'affaire des uns et des autres. Sauf, si l'on considère que le tribunal international pour le Liban se rapproche, et que certaines parties n'ont pas du tout intérêt à ce qu'il commence à fonctionner. Il était peut-être temps pour ces "certains" de reprendre le dessus en prévision de l'ouverture du procès.
Ce qui va se passer maintenant ? L'opposition va évidemment organiser un nouveau gouvernement, puis préparer les élections de 2009 et s'arranger pour reprendre le contrôle de la chambre des députés, afin d'élire un président choisi par l'Iran et la Syrie. Ca, c'est si le Hezb joue le jeu démocratique. Tout le monde sait bien ici que la "raison d'état de résistance" du Hezb leur permet de trouver toutes les bonnes excuses pour ne pas respecter ni la loi, ni les institutions, ni la constitution.
Donc, en fait, on ne sait pas ce qu'il va se passer. Comment vont réagir les USA et Israël ? Comment vont se comporter les membres de la coalition de l'ancien pouvoir pro-occidental ? Et les 20000 casques bleus, au Sud ? Je vais essayer de garder ce blog à jour pour vous tenir au courant.

En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas réellement en danger. Notre ville, Hadath, est proche de la banlieue sud, fief de Hezbollah, mais il n'y a ici ni sunnites, ni druzes, c'est à dire que Hezbollah ne considère pas Hadath comme un lieu stratégique. Et puis les combats se sont concentrés à Beyrouth Ouest et au Sud de l'aéroport.
On écoute la télé. On lit les news sur Internet et on passe notre journée au téléphone en appelant les amis et en leur posant la question : que va t-il se passer ? Chou baddo sir ?
J'ai fait quelques courses ce matin au supermarché : il y avait plus de monde que d'hab, avec des gens qui achetaient du riz et des pâtes. Des étrangers surtout. Sinon, rien de différent avec d'habitude... Les écoles et universités sont fermées et les gens qui travaillent à Beyrouth (comme mon beau-frère Bob) sont restés chez eux. Mon beau-père nous a demandé cette nuit de tenir une ou deux valises prêtes à mettre dans les voitures pour rejoindre la maison à la montagne, au cas où. J'ai regroupé quelques trucs utiles ou précieux dans un sac, mais disons que nous n'avons pas de pression pour l'instant.
Donc, pas de souci direct, mais plutôt une situation d'expectative assez énervante. Myriam vit cela beaucoup moins bien que moi... elle veut partir d'ici.
Voilà pour ce premier post de cette nouvelle situation. Une drôle de guerre à l'envers. Je vous laisse les interprétations géostratégiques : elles sont évidentes. Je vais plutôt essayer de vous montrer ce que ce changement radical (certains diront "coup d'état") va changer dans notre vie quotidienne.
Je me souviens de cet article écrit dans la Presse de Montréal, quelques jours avant le référendum de 1995 : "Québec m'a tuer" (Faute volontaire, pour singer la célèbre phrase de Omar, l'accusé du meurtre de je ne sais plus qui, dans le sud de la France).
Aujourd'hui, Liban m'a tuer. Quelle déception. Quelle tristesse.
A plus...
(Photos AFP / NowLebanon - Merci...)

L'opposition, dont le Général Aoun, parle de libération. Le pays est enfin libéré de tous ces vendus à Israël, tous ces agents de Bush et de Sarko. Enfin !
En ce qui me concerne, j'ai bien de la difficulté à comprendre ce qu'il se passe... Le blocage politique faisait finalement l'affaire des uns et des autres. Sauf, si l'on considère que le tribunal international pour le Liban se rapproche, et que certaines parties n'ont pas du tout intérêt à ce qu'il commence à fonctionner. Il était peut-être temps pour ces "certains" de reprendre le dessus en prévision de l'ouverture du procès.
Ce qui va se passer maintenant ? L'opposition va évidemment organiser un nouveau gouvernement, puis préparer les élections de 2009 et s'arranger pour reprendre le contrôle de la chambre des députés, afin d'élire un président choisi par l'Iran et la Syrie. Ca, c'est si le Hezb joue le jeu démocratique. Tout le monde sait bien ici que la "raison d'état de résistance" du Hezb leur permet de trouver toutes les bonnes excuses pour ne pas respecter ni la loi, ni les institutions, ni la constitution.
Donc, en fait, on ne sait pas ce qu'il va se passer. Comment vont réagir les USA et Israël ? Comment vont se comporter les membres de la coalition de l'ancien pouvoir pro-occidental ? Et les 20000 casques bleus, au Sud ? Je vais essayer de garder ce blog à jour pour vous tenir au courant.

En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas réellement en danger. Notre ville, Hadath, est proche de la banlieue sud, fief de Hezbollah, mais il n'y a ici ni sunnites, ni druzes, c'est à dire que Hezbollah ne considère pas Hadath comme un lieu stratégique. Et puis les combats se sont concentrés à Beyrouth Ouest et au Sud de l'aéroport.
On écoute la télé. On lit les news sur Internet et on passe notre journée au téléphone en appelant les amis et en leur posant la question : que va t-il se passer ? Chou baddo sir ?
J'ai fait quelques courses ce matin au supermarché : il y avait plus de monde que d'hab, avec des gens qui achetaient du riz et des pâtes. Des étrangers surtout. Sinon, rien de différent avec d'habitude... Les écoles et universités sont fermées et les gens qui travaillent à Beyrouth (comme mon beau-frère Bob) sont restés chez eux. Mon beau-père nous a demandé cette nuit de tenir une ou deux valises prêtes à mettre dans les voitures pour rejoindre la maison à la montagne, au cas où. J'ai regroupé quelques trucs utiles ou précieux dans un sac, mais disons que nous n'avons pas de pression pour l'instant.
Donc, pas de souci direct, mais plutôt une situation d'expectative assez énervante. Myriam vit cela beaucoup moins bien que moi... elle veut partir d'ici.
Voilà pour ce premier post de cette nouvelle situation. Une drôle de guerre à l'envers. Je vous laisse les interprétations géostratégiques : elles sont évidentes. Je vais plutôt essayer de vous montrer ce que ce changement radical (certains diront "coup d'état") va changer dans notre vie quotidienne.
Je me souviens de cet article écrit dans la Presse de Montréal, quelques jours avant le référendum de 1995 : "Québec m'a tuer" (Faute volontaire, pour singer la célèbre phrase de Omar, l'accusé du meurtre de je ne sais plus qui, dans le sud de la France).
Aujourd'hui, Liban m'a tuer. Quelle déception. Quelle tristesse.
A plus...
mardi, juin 05, 2007
Du risque de se taire :
1 - Garder le contrôle du Liban :
Quand ils ont menacé Hariri et les députés libanais, je n'ai rien dit.
Quand ils ont prolongé illégalement le mandat de Lahoud, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tenté de tuer Hamadeh, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tenté d'empêcher la tenue des législatives, je n'ai rien dit.
2 - Tuer le Liban :
Quand ils ont tué Rafik et Bassil, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Samir et Georges, je n'ai rien dit.
Quand ils ont mis des bombes dans les zones chrétiennes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont essayé de tuer Elias et May, je n'ai rien dit.
Quand ils ont quitté le gouvernement une première fois, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Gibran, je n'ai rien dit.
3 - Détruire le Liban :
Quand ils ont déclaré la guerre à Israël sans en parler à personne, je n'ai rien dit.
Quand ils ont laissé 1200 libanais se faire massacrer, je n'ai rien dit.
Quand ils ont négocié avec Israël pendant que nous mourrions, je n'ai rien dit.
Quand ils ont quitté un deuxième fois le gouvernement, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Pierre, je n'ai rien dit.
4 - Semer le trouble entre libanais :
Quand ils ont envahi le centre ville, je n'ai rien dit.
Quand ils ont fait "grêve" en brûlant des pneus et en empêchant les gens de circuler, je n'ai rien dit.
Quand ils ont essayé de provoquer une guerre civile, je n'ai rien dit.
Quand ils ont fait sauter les bus à Ain Alak, je n'ai rien dit.
5 - Détruire l'état libanais :
Quand ils ont fermé le parlement, je n'ai rien dit.
Quand ils ont donné l'ordre à leurs sbires de mettre au travail les salafistes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont installé à Beyrouth des cellules terroristes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont visé l'ABC, Verdun et Aley, je n'ai rien dit.
Quand ils ont mis le feu aux camps palestiniens, je n'ai rien dit.
Et quand ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne pour dire quelque chose...
Quand ils ont menacé Hariri et les députés libanais, je n'ai rien dit.
Quand ils ont prolongé illégalement le mandat de Lahoud, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tenté de tuer Hamadeh, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tenté d'empêcher la tenue des législatives, je n'ai rien dit.
2 - Tuer le Liban :
Quand ils ont tué Rafik et Bassil, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Samir et Georges, je n'ai rien dit.
Quand ils ont mis des bombes dans les zones chrétiennes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont essayé de tuer Elias et May, je n'ai rien dit.
Quand ils ont quitté le gouvernement une première fois, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Gibran, je n'ai rien dit.
3 - Détruire le Liban :
Quand ils ont déclaré la guerre à Israël sans en parler à personne, je n'ai rien dit.
Quand ils ont laissé 1200 libanais se faire massacrer, je n'ai rien dit.
Quand ils ont négocié avec Israël pendant que nous mourrions, je n'ai rien dit.
Quand ils ont quitté un deuxième fois le gouvernement, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Pierre, je n'ai rien dit.
4 - Semer le trouble entre libanais :
Quand ils ont envahi le centre ville, je n'ai rien dit.
Quand ils ont fait "grêve" en brûlant des pneus et en empêchant les gens de circuler, je n'ai rien dit.
Quand ils ont essayé de provoquer une guerre civile, je n'ai rien dit.
Quand ils ont fait sauter les bus à Ain Alak, je n'ai rien dit.
5 - Détruire l'état libanais :
Quand ils ont fermé le parlement, je n'ai rien dit.
Quand ils ont donné l'ordre à leurs sbires de mettre au travail les salafistes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont installé à Beyrouth des cellules terroristes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont visé l'ABC, Verdun et Aley, je n'ai rien dit.
Quand ils ont mis le feu aux camps palestiniens, je n'ai rien dit.
Et quand ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne pour dire quelque chose...
L'été s'ra chaud, l'été s'ra chaud !
Juste un petit message pour vous donner quelques explications sur ce qui se passe ici. La situation est compliquée et les raccourcis des télés, journaux et radios que vous écoutez habituellement ne sont pas du tout en phase avec ce qui se passe régulièrement.
Comme vous le savez, le Liban s'est débarrassé de la tutelle militaire et politique de la Syrie, suite à l'assassinat de Hariri. Mais ce pays "frère" conserve au Liban de nombreux alliés et un réseau très dense de "services", divisés entre partis politiques, personnalités, groupuscules soi-disant islamistes et bandes criminelles. Ces réseaux obéissent aux ordres de Damas, par l'intermédiaire de seconds bureaux, dirigés par des proches de Bashar Assaad et de sa famille. Ce sont ces réseaux qui sont soupçonnés par la justice internationale (Enquête Brammetz) d'avoir tué Hariri et d'avoir également perpétré les 15 attentats au Liban depuis 2005.
Parmi les soutiens dont dispose la Syrie au Liban, il y a plusieurs groupuscules armés, dirigés depuis la Syrie, comme les groupes FPLP-CG de Ahmad Jibril, le Jund El Chams et le Fatah - Intifada. Ces groupes se réclament de la résistance palestinienne, mais agissent selon les intérêts syriens. Ils sont admis dans les camps palestiniens au Liban, car le Liban n'y a aucune autorité. Ni la police, ni l'armée n'a le droit, depuis un accord de 1969, de pénétrer les camps. Les organisations palestiniennes (Fatah et Hamas) ne reconnaissent pas ses groupes, avec qui ils se battent fréquemment pour le contrôle des camps. Ces groupes recrutent principalement dans les prisons syriennes et dans les mouvances proches de Al-Qaïda. Les combattants de ses groupes sont donc des islamistes salafistes pour la plupart, provenant de différents pays musulmans (Yémen, Bangladesh, etc..) et sont persuadés de participer au Jihad. Mais les missions qui leurs sont confiées n'ont rien à voir avec le Jihad, mais bien avec la défense des intérêts politiques et mafieux de la Syrie (braquages de banques, attentats, explosions et assassinats ciblés). En clair, ils sont manipulés.
A ce propos, il ne faut pas confondre ses groupes avec les vrais groupes de Al-Qaïda qui sont au Liban, comme ceux qui ont affronté l'armée il y a 5 ans à Deniyeh dans le nord ou ceux de Majdel Anjar. Ceux-là sont de vrais islamistes salafistes, mais libanais.
La Syrie, tout le monde le sait, souhaite empêcher la venue du tribunal de l'ONU chargé de juger les coupables des attentats faits au Liban depuis celui de Hariri. Elle a tenté tout d'abord de tuer journalistes et hommes politiques influents, elle a ensuite provoqué une scission au gouvernement en retirant les ministres qui lui sont fidèles. Elle a ensuite demandé à Hezbollah, son fidèle allié, de déclencher une guerre avec Israël pour détruire le Liban à la veille d'une saison touristique qui s'annonçait superbe. Suite à la guerre, elle a lancé une campagne de dénigrement du gouvernement pro-occidental et souverainiste, en stigmatisant une forme de collaboration avec Israël à travers le respect des résolutions de l'ONU (car ici, USA = Israël = ONU). Les ministres pro-syrien ont ensuite démissionné la veille du vote de la demande de création du tribunal par le gouvernement, puis ils ont lancé des émeutes violentes dans Beyrouth, en installant un sit-in en plein centre-ville. Ils ont ensuite tenté de provoquer des dissensions politiques autour de la lutte pour la présidence...
Jusqu'au premier attentant meurtrier depuis longtemps, les 2 bus de Ain Alak. C'est alors que les médias ont commencé à parler de Fatah Al Islam. Durant la guerre de juillet, de nombreuses personnes politiques en plus de l'ONU, ont alerté les autorités que des armes lourdes et des combattants provenant de Syrie entraient illégalement au Liban et se cachaient dans les camps palestiniens. La Syrie a fermé les yeux, tout en empêchant l'installation à sa frontière d'observateurs de l'ONU, demande pourtant officielle du gouvernement libanais. Les armes ont continué à entrer avec des combattants, et Fatah Al Islam a été montré à la télé, pointé du doigt pour l'attentat des 2 bus. Les responsables de ce groupe se disent des salafistes proches d'Al Qaïda, mais leur chef opérationnel est un des anciens colonels des services d'espionnage syrien. Le fait qu'ils se revendiquent d'Al Qaïda permet aux pro-syriens de dire qu'il s'agit d'un groupe sunnite (et non pas chiite comme le Hezbollah) et qu'il est soutenu par l'Arabie saoudite et non pas par la Syrie, qui est laïque et dirigée par des alaouites. En plus, ce groupe étant palestinien de par son appellation Fatah, il provoque confusion et accusations dans tous les sens. Ce groupe n'est donc ni palestinien, ni islamiste.
La semaine dernière, 3 banques ont été attaquées dans le nord et la police libanaise a retrouvé la trace des voleurs, membres de Fatah Al Islam, dans un appart à Tripoli. Après une intervention musclée, les coupables ont commencé à tirer sur la police et l'armée, et des renforts du groupe sont arrivés du camp de Nahr El Bared d'où viennent les Fatah Al Islam. Les combats ont dégénéré. Ils ont massacré des soldats libanais dans un poste de surveillance et attaqué à la mitrailleuse des jeeps de l'armée dans des embuscades sur la route principale de Tripoli.
Aujourd'hui, les Fatah Al Islam sont retranchés dans le camp de Nahr El Bared et utilisent la population comme bouclier humain. L'armée, qui ne peut entrer dans le camp, bombarde de loin, d'où les cris de vierges effarouchées des médias européens, qui voient mourir des civils. Il est très difficile pour l'armée de distinguer combattants et civils et le camp de NEB est très peuplé et très dense.
Donc, pour finir avec cette histoire : il ne s'agit en aucun cas d'un génocide de pauvres petits civils palestiniens par la vilaine armée libanaise et ses obus tirés à l'aveugle. Ce sont les Fatah Al Islam, qui tuent tous les civils qui essayent de s'enfuir du camp. Les médias occidentaux semblent accuser le Liban, qui ferait comme Israël. Mais comme en Israël, ces combattants palestiniens sont aussi responsables des attentats qui secouent Beyrouth depuis dimanche et qui terrorisent la population (en visant 2 centres commerciaux de Beyrouth, l'ABC et le Dunes). Il ne s'agit pas d'enfants de coeur qui luttent pour Al Qods, mais bien de terroristes criminels qui ont attaqué l'armée libanaise et qui profitent de leur retranchement dans un camp de civils.
Voilà, je devais faire court pour que ce soit clair. C'est raté.
Comme vous le savez, le Liban s'est débarrassé de la tutelle militaire et politique de la Syrie, suite à l'assassinat de Hariri. Mais ce pays "frère" conserve au Liban de nombreux alliés et un réseau très dense de "services", divisés entre partis politiques, personnalités, groupuscules soi-disant islamistes et bandes criminelles. Ces réseaux obéissent aux ordres de Damas, par l'intermédiaire de seconds bureaux, dirigés par des proches de Bashar Assaad et de sa famille. Ce sont ces réseaux qui sont soupçonnés par la justice internationale (Enquête Brammetz) d'avoir tué Hariri et d'avoir également perpétré les 15 attentats au Liban depuis 2005.
Parmi les soutiens dont dispose la Syrie au Liban, il y a plusieurs groupuscules armés, dirigés depuis la Syrie, comme les groupes FPLP-CG de Ahmad Jibril, le Jund El Chams et le Fatah - Intifada. Ces groupes se réclament de la résistance palestinienne, mais agissent selon les intérêts syriens. Ils sont admis dans les camps palestiniens au Liban, car le Liban n'y a aucune autorité. Ni la police, ni l'armée n'a le droit, depuis un accord de 1969, de pénétrer les camps. Les organisations palestiniennes (Fatah et Hamas) ne reconnaissent pas ses groupes, avec qui ils se battent fréquemment pour le contrôle des camps. Ces groupes recrutent principalement dans les prisons syriennes et dans les mouvances proches de Al-Qaïda. Les combattants de ses groupes sont donc des islamistes salafistes pour la plupart, provenant de différents pays musulmans (Yémen, Bangladesh, etc..) et sont persuadés de participer au Jihad. Mais les missions qui leurs sont confiées n'ont rien à voir avec le Jihad, mais bien avec la défense des intérêts politiques et mafieux de la Syrie (braquages de banques, attentats, explosions et assassinats ciblés). En clair, ils sont manipulés.
A ce propos, il ne faut pas confondre ses groupes avec les vrais groupes de Al-Qaïda qui sont au Liban, comme ceux qui ont affronté l'armée il y a 5 ans à Deniyeh dans le nord ou ceux de Majdel Anjar. Ceux-là sont de vrais islamistes salafistes, mais libanais.
La Syrie, tout le monde le sait, souhaite empêcher la venue du tribunal de l'ONU chargé de juger les coupables des attentats faits au Liban depuis celui de Hariri. Elle a tenté tout d'abord de tuer journalistes et hommes politiques influents, elle a ensuite provoqué une scission au gouvernement en retirant les ministres qui lui sont fidèles. Elle a ensuite demandé à Hezbollah, son fidèle allié, de déclencher une guerre avec Israël pour détruire le Liban à la veille d'une saison touristique qui s'annonçait superbe. Suite à la guerre, elle a lancé une campagne de dénigrement du gouvernement pro-occidental et souverainiste, en stigmatisant une forme de collaboration avec Israël à travers le respect des résolutions de l'ONU (car ici, USA = Israël = ONU). Les ministres pro-syrien ont ensuite démissionné la veille du vote de la demande de création du tribunal par le gouvernement, puis ils ont lancé des émeutes violentes dans Beyrouth, en installant un sit-in en plein centre-ville. Ils ont ensuite tenté de provoquer des dissensions politiques autour de la lutte pour la présidence...
Jusqu'au premier attentant meurtrier depuis longtemps, les 2 bus de Ain Alak. C'est alors que les médias ont commencé à parler de Fatah Al Islam. Durant la guerre de juillet, de nombreuses personnes politiques en plus de l'ONU, ont alerté les autorités que des armes lourdes et des combattants provenant de Syrie entraient illégalement au Liban et se cachaient dans les camps palestiniens. La Syrie a fermé les yeux, tout en empêchant l'installation à sa frontière d'observateurs de l'ONU, demande pourtant officielle du gouvernement libanais. Les armes ont continué à entrer avec des combattants, et Fatah Al Islam a été montré à la télé, pointé du doigt pour l'attentat des 2 bus. Les responsables de ce groupe se disent des salafistes proches d'Al Qaïda, mais leur chef opérationnel est un des anciens colonels des services d'espionnage syrien. Le fait qu'ils se revendiquent d'Al Qaïda permet aux pro-syriens de dire qu'il s'agit d'un groupe sunnite (et non pas chiite comme le Hezbollah) et qu'il est soutenu par l'Arabie saoudite et non pas par la Syrie, qui est laïque et dirigée par des alaouites. En plus, ce groupe étant palestinien de par son appellation Fatah, il provoque confusion et accusations dans tous les sens. Ce groupe n'est donc ni palestinien, ni islamiste.
La semaine dernière, 3 banques ont été attaquées dans le nord et la police libanaise a retrouvé la trace des voleurs, membres de Fatah Al Islam, dans un appart à Tripoli. Après une intervention musclée, les coupables ont commencé à tirer sur la police et l'armée, et des renforts du groupe sont arrivés du camp de Nahr El Bared d'où viennent les Fatah Al Islam. Les combats ont dégénéré. Ils ont massacré des soldats libanais dans un poste de surveillance et attaqué à la mitrailleuse des jeeps de l'armée dans des embuscades sur la route principale de Tripoli.
Aujourd'hui, les Fatah Al Islam sont retranchés dans le camp de Nahr El Bared et utilisent la population comme bouclier humain. L'armée, qui ne peut entrer dans le camp, bombarde de loin, d'où les cris de vierges effarouchées des médias européens, qui voient mourir des civils. Il est très difficile pour l'armée de distinguer combattants et civils et le camp de NEB est très peuplé et très dense.
Donc, pour finir avec cette histoire : il ne s'agit en aucun cas d'un génocide de pauvres petits civils palestiniens par la vilaine armée libanaise et ses obus tirés à l'aveugle. Ce sont les Fatah Al Islam, qui tuent tous les civils qui essayent de s'enfuir du camp. Les médias occidentaux semblent accuser le Liban, qui ferait comme Israël. Mais comme en Israël, ces combattants palestiniens sont aussi responsables des attentats qui secouent Beyrouth depuis dimanche et qui terrorisent la population (en visant 2 centres commerciaux de Beyrouth, l'ABC et le Dunes). Il ne s'agit pas d'enfants de coeur qui luttent pour Al Qods, mais bien de terroristes criminels qui ont attaqué l'armée libanaise et qui profitent de leur retranchement dans un camp de civils.
Voilà, je devais faire court pour que ce soit clair. C'est raté.
mercredi, août 16, 2006
Chronique ordinaire 13
Chronique 13
13, ça porte bonheur… En plus, c’est fête aujourd’hui, deux bonnes raisons de croire à ce drôle de cessez-le-feu qui dure depuis maintenant 30 heures. Les combats auront peut-être repris le temps que vous receviez ce message, mais pour l’instant, ça tient le coup. C’est d’ailleurs assez curieux la guerre. Dimanche soir, l’enfer s’est abattu sur le Liban et lundi matin, 8h, plus rien, Nescafé, tartines pour tout le monde et c’est fini… Quand je vous dis l’enfer, c’était vraiment l’enfer. Nous habitons à au moins 20km à vol d’oiseau de Beyrouth et je peux vous dire que le bruit des bombardements sur la banlieue sud, jusqu’à 2h du mat’ m’ont vraiment empêché de dormir. Je ne sais pas s’il s’agissait vraiment des bombes ou du survol incessant des avions… mais le bruit était assourdissant, comme une vibration immense, qui dure des heures, sourde et monotone. A moins que mon insomnie soit due à autre chose : vers 10h du soir, les hébreux ont bombardé une usine de chocolat et de bonbons, Gandhour (tu sais, Gilles, les gaufrettes adorées de Eva). Or cette usine est à maximum 600m de notre maison. Des bombes sont aussi tombées très près de la maison de mes beaux parents… A tel point que ses 2 frères qui sont encore là-bas, sont allés se terrer et dormir dans l’abri sous l’hôpital Sainte Thérèse à côté de chez eux. En fait, c’est un sentiment assez bizarre, tu vois les images à la télé des bombardements les plus violents sur un quartier civil d’une ville normale depuis la seconde guerre mondiale et l’immeuble au premier plan, c’est ta maison. Du coup, je me suis mis à imaginer plein de trucs, surtout qu’un ami a appelé pour nous dire que des jeeps du Hezbollah passaient sans arrêt devant notre maison… Gulp… En fait, quand les militaires israéliens se retrouvent autour d’une table pour discuter d’un bombardement, ils ne pensent pas à tout, vraiment… En fait, quand ta maison est bombardée, au-delà des victimes civiles, c’est aussi des vies entières qui sont démolies, des souvenirs, des papiers, des objets précieux, plein de trucs auxquels on ne fait pas tellement attention dans la journée, mais qui prennent une valeur sentimentale ave le temps. Et quand une bombe idiote, un tube de fer avec de la poudre dedans tombe dans ton salon, ce sont ces choses qui disparaissent… C’est d’une violence sans bornes, en fait. J’y ai beaucoup pensé pendant cette nuit de dimanche à lundi, à toutes ces choses détruites, dans les vies des autres. Et je me suis aussi demandé : pourquoi a-t-on toujours besoin de passer par la violence pour régler les problèmes ? Il y a 10000 réponses faciles à ça, mais j’ai surtout repensé au livre de Fisk, Pity the Nation, où il raconte l’histoire de ces juifs qui ont survécu à l’holocauste et tente d’expliquer les raisons de leur haine des palestiniens. Et qui pensent que personne n’a vraiment été puni pour les crimes que les juifs ont subis. Avec l’idée que la punition est un phénomène nécessaire, un peu comme quand je tape sur les doigts de Rami quand il tague le salon de ma belle-mère avec un feutre gros comme sa main. Et je crois qu’Israël est un pays qui distribue des punitions, des punitions collectives, comme pour se défouler de sa propre peur et exorciser sa propre histoire. Sauf que les responsables de l’holocauste ont disparu et que toute cette frustration se déchaîne contre les arabes, qui à part défendre le territoire qui leur a été pris, n’ont rien à voir avec la solution finale. Le terrorisme arabe n’est qu’une réponse de pauvres à une punition collective. Voilà le terme auquel je pense quand je vois les bombardements de Beyrouth : punition collective. Mais aussi je pense à Pogrom, à génocide. On tue des gens, on détruit leurs vies, simplement parce qu’ils ne sont pas du bon côté de la barrière. Ils paient parce qu’ils sont faibles et pauvres et qu’ils n’ont pas d’amis (ou plutôt, dans ce cas, leurs amis sont des lâches). Ils paient parce qu’ils ne coûtent pas cher. Israël, cela ne lui coûte rien de détruire un quartier entier de Beyrouth. L’ONU ne va pas condamner, les télés vont montrer que Haïfa aussi reçoit des roquettes (vous imaginez : placer sur le même pied d’égalité 25 tonnes de bombes guidées au laser lâchées en pleine nuit par des bombardiers sur un quartier surpeuplé et une roquette tirée au pif sur un trottoir par un pick-up planqué dans des oliviers ?), Spielberg ne va pas en faire un film, même pas besoin de reconstruire, voire même de se sentir coupable : ces gens, ce sont tous des terroristes. Moi, ces gens, je vis avec, ce sont des étudiants, des épiciers, des femmes, des petits enfants qui jouent au foot et se mettent des coups de boule pour faire comme Zidane, des glandeurs en mobylette, des chauffeurs de taxi, des gens quoi, pas plus ou moins pires que ceux d’une banlieue lyonnaise ou berlinoise. Des gens armés ? Des assassins d’enfants juifs ? Mouais…
Aujourd’hui, c’est la fête de Marie, la Muddha d’un pauvre type barbu mais juif, qui a fini par se faire crucifier parce qu’il a justement voulu apprendre à son peuple qu’il vaut mieux éviter de se hacher la tête avec des piques en fer ou des katiouchas parce que sinon, on va tous brûler en enfer. J’espère qu’il a raison et que tout ceux qui ont balancé quelque chose sur quelqu’un depuis le 12 juillet vont brûler comme des poulets sur la broche pendant l’éternité. Et comme disait un juif célèbre pour autre chose que des massacres, l’éternité, c’est long, surtout vers la fin.
Un truc drôle, hier : la tradition ici, la veille de la fête de Marie, c’est de balancer des pétards et de faire décoller des petits feux d’artifice. Les israéliens ont du voir toutes ces petites katiouchas en carton, rouges, vertes et blanches, partir des 4 coins du pays, sur leurs écrans satellites. Un peu comme si le pays entier leur pétait à la figure… une insulte à leurs crimes, à leur folie meurtrière, à leur sentiment de supériorité universelle. 1 million de gens qui allument des feux d’artifice pour fêter, à 12h d’un cessez-le-feu. Trop forts les libanais.
Autre truc sympa : hier, avec l’arrêt des combats, des centaines de milliers de gens se sont jetés sur ce qu’il reste de route pour rentrer chez eux, le coffre plein d’aide humanitaire et 10 matelas sur le toit (« on sait jamais, s’il faut ouvrir une épicerie pour les casques bleus qui vont venir »). Immense retour de vacances, sans bison futé pour aider. Pas d’itinéraire secondaire, ni de délestage installé. Les hébreux n’en croyaient pas leurs yeux !!! Malades, ces libanais ? Non, entraînés ! Champion du monde des guerres ! Mon beau père (né en 36), me disait hier : ma vie, c’est la guerre depuis 1948. Guerres avec Israël, guerres civiles, invasions, occupations, 48, 58, 67, 73, 75, 78, 82, 90, 00, 06, etc. Hier, à la télé, un journaliste de la BBC interviewait un ancien du Mossad : le gars lui dit : de cette guerre ratée, nous allons tirer des enseignements… et nous ne referons pas les mêmes erreurs la prochaine fois !
J’espère que mon beau-père ne la manquera pas non plus, celle-là !
Bises
13, ça porte bonheur… En plus, c’est fête aujourd’hui, deux bonnes raisons de croire à ce drôle de cessez-le-feu qui dure depuis maintenant 30 heures. Les combats auront peut-être repris le temps que vous receviez ce message, mais pour l’instant, ça tient le coup. C’est d’ailleurs assez curieux la guerre. Dimanche soir, l’enfer s’est abattu sur le Liban et lundi matin, 8h, plus rien, Nescafé, tartines pour tout le monde et c’est fini… Quand je vous dis l’enfer, c’était vraiment l’enfer. Nous habitons à au moins 20km à vol d’oiseau de Beyrouth et je peux vous dire que le bruit des bombardements sur la banlieue sud, jusqu’à 2h du mat’ m’ont vraiment empêché de dormir. Je ne sais pas s’il s’agissait vraiment des bombes ou du survol incessant des avions… mais le bruit était assourdissant, comme une vibration immense, qui dure des heures, sourde et monotone. A moins que mon insomnie soit due à autre chose : vers 10h du soir, les hébreux ont bombardé une usine de chocolat et de bonbons, Gandhour (tu sais, Gilles, les gaufrettes adorées de Eva). Or cette usine est à maximum 600m de notre maison. Des bombes sont aussi tombées très près de la maison de mes beaux parents… A tel point que ses 2 frères qui sont encore là-bas, sont allés se terrer et dormir dans l’abri sous l’hôpital Sainte Thérèse à côté de chez eux. En fait, c’est un sentiment assez bizarre, tu vois les images à la télé des bombardements les plus violents sur un quartier civil d’une ville normale depuis la seconde guerre mondiale et l’immeuble au premier plan, c’est ta maison. Du coup, je me suis mis à imaginer plein de trucs, surtout qu’un ami a appelé pour nous dire que des jeeps du Hezbollah passaient sans arrêt devant notre maison… Gulp… En fait, quand les militaires israéliens se retrouvent autour d’une table pour discuter d’un bombardement, ils ne pensent pas à tout, vraiment… En fait, quand ta maison est bombardée, au-delà des victimes civiles, c’est aussi des vies entières qui sont démolies, des souvenirs, des papiers, des objets précieux, plein de trucs auxquels on ne fait pas tellement attention dans la journée, mais qui prennent une valeur sentimentale ave le temps. Et quand une bombe idiote, un tube de fer avec de la poudre dedans tombe dans ton salon, ce sont ces choses qui disparaissent… C’est d’une violence sans bornes, en fait. J’y ai beaucoup pensé pendant cette nuit de dimanche à lundi, à toutes ces choses détruites, dans les vies des autres. Et je me suis aussi demandé : pourquoi a-t-on toujours besoin de passer par la violence pour régler les problèmes ? Il y a 10000 réponses faciles à ça, mais j’ai surtout repensé au livre de Fisk, Pity the Nation, où il raconte l’histoire de ces juifs qui ont survécu à l’holocauste et tente d’expliquer les raisons de leur haine des palestiniens. Et qui pensent que personne n’a vraiment été puni pour les crimes que les juifs ont subis. Avec l’idée que la punition est un phénomène nécessaire, un peu comme quand je tape sur les doigts de Rami quand il tague le salon de ma belle-mère avec un feutre gros comme sa main. Et je crois qu’Israël est un pays qui distribue des punitions, des punitions collectives, comme pour se défouler de sa propre peur et exorciser sa propre histoire. Sauf que les responsables de l’holocauste ont disparu et que toute cette frustration se déchaîne contre les arabes, qui à part défendre le territoire qui leur a été pris, n’ont rien à voir avec la solution finale. Le terrorisme arabe n’est qu’une réponse de pauvres à une punition collective. Voilà le terme auquel je pense quand je vois les bombardements de Beyrouth : punition collective. Mais aussi je pense à Pogrom, à génocide. On tue des gens, on détruit leurs vies, simplement parce qu’ils ne sont pas du bon côté de la barrière. Ils paient parce qu’ils sont faibles et pauvres et qu’ils n’ont pas d’amis (ou plutôt, dans ce cas, leurs amis sont des lâches). Ils paient parce qu’ils ne coûtent pas cher. Israël, cela ne lui coûte rien de détruire un quartier entier de Beyrouth. L’ONU ne va pas condamner, les télés vont montrer que Haïfa aussi reçoit des roquettes (vous imaginez : placer sur le même pied d’égalité 25 tonnes de bombes guidées au laser lâchées en pleine nuit par des bombardiers sur un quartier surpeuplé et une roquette tirée au pif sur un trottoir par un pick-up planqué dans des oliviers ?), Spielberg ne va pas en faire un film, même pas besoin de reconstruire, voire même de se sentir coupable : ces gens, ce sont tous des terroristes. Moi, ces gens, je vis avec, ce sont des étudiants, des épiciers, des femmes, des petits enfants qui jouent au foot et se mettent des coups de boule pour faire comme Zidane, des glandeurs en mobylette, des chauffeurs de taxi, des gens quoi, pas plus ou moins pires que ceux d’une banlieue lyonnaise ou berlinoise. Des gens armés ? Des assassins d’enfants juifs ? Mouais…
Aujourd’hui, c’est la fête de Marie, la Muddha d’un pauvre type barbu mais juif, qui a fini par se faire crucifier parce qu’il a justement voulu apprendre à son peuple qu’il vaut mieux éviter de se hacher la tête avec des piques en fer ou des katiouchas parce que sinon, on va tous brûler en enfer. J’espère qu’il a raison et que tout ceux qui ont balancé quelque chose sur quelqu’un depuis le 12 juillet vont brûler comme des poulets sur la broche pendant l’éternité. Et comme disait un juif célèbre pour autre chose que des massacres, l’éternité, c’est long, surtout vers la fin.
Un truc drôle, hier : la tradition ici, la veille de la fête de Marie, c’est de balancer des pétards et de faire décoller des petits feux d’artifice. Les israéliens ont du voir toutes ces petites katiouchas en carton, rouges, vertes et blanches, partir des 4 coins du pays, sur leurs écrans satellites. Un peu comme si le pays entier leur pétait à la figure… une insulte à leurs crimes, à leur folie meurtrière, à leur sentiment de supériorité universelle. 1 million de gens qui allument des feux d’artifice pour fêter, à 12h d’un cessez-le-feu. Trop forts les libanais.
Autre truc sympa : hier, avec l’arrêt des combats, des centaines de milliers de gens se sont jetés sur ce qu’il reste de route pour rentrer chez eux, le coffre plein d’aide humanitaire et 10 matelas sur le toit (« on sait jamais, s’il faut ouvrir une épicerie pour les casques bleus qui vont venir »). Immense retour de vacances, sans bison futé pour aider. Pas d’itinéraire secondaire, ni de délestage installé. Les hébreux n’en croyaient pas leurs yeux !!! Malades, ces libanais ? Non, entraînés ! Champion du monde des guerres ! Mon beau père (né en 36), me disait hier : ma vie, c’est la guerre depuis 1948. Guerres avec Israël, guerres civiles, invasions, occupations, 48, 58, 67, 73, 75, 78, 82, 90, 00, 06, etc. Hier, à la télé, un journaliste de la BBC interviewait un ancien du Mossad : le gars lui dit : de cette guerre ratée, nous allons tirer des enseignements… et nous ne referons pas les mêmes erreurs la prochaine fois !
J’espère que mon beau-père ne la manquera pas non plus, celle-là !
Bises
samedi, août 12, 2006
Chronique ordinaire N.12
Chronique 12
Ce samedi matin, c’était un peu comme Noël, ici. Ma femme s’est réveillée à 7h moins quart, puis a couru en dehors de la chambre en direction de la petite radio orange à pile de ma belle mère (non, il n’y a pas d’électricité). Et le cadeau était là : une résolution de l’ONU, toute chaude encore, votée cette nuit par les 15 pays du Conseil de sécurité. Ok, ce n’est pas encore grand-chose, mais c’est le premier signe positif depuis 1 mois maintenant. Un signe de paix, un signe de dehors, un bras tordu aux américains par leurs amis français… Reste maintenant à ce que les belligérants acceptent : Hezbollah devrait accepter aujourd’hui à travers la voix de ses représentants au sein du gouvernement libanais, Israël devrait prendre son temps (c’est Shabbat aujourd’hui) et décider demain de respecter enfin une résolution de l’ONU… Ensuite, on devrait avoir une cessation des combats sur le sol, puis le déploiement des renforts de l’UNIFIL et de l’armée libanaise à la place des conquérants davidoétoilés. On espère qu’ils vont commencer à réparer l’aéroport, pour qu’on puisse enfin prendre l’air, dans tous les sens du terme !!! Les vacances finissent dans 15 jours !
Et quelles vacances : vivre à 14 dans une maison (grande, je l’avoue), ne pas sortir, si ce n’est pour aller acheter des trucs à bouffer, regarder la télé ou jouer à la PS2 quand il y a de l’électricité, manger et le truc pire que tout : s’ennuyer. Cela fait 30 ans que je ne me suis pas ennuyé pendant des vacances !!! Imaginez : hier j’ai acheté un cahier de mots fléchés !!! Ma grand-mère serait fière de moi !! Et aujourd’hui, j’ai reproduit au crayon de couleurs 2 pleines pages de Tintin, respectivement la base de lancement de la fusée dans Objectif Lune (j’vous dit pas la casse-tête pour les échafaudages) et l’hydravion dans le Crabe au pinces d’Or. Ca occupe, c’est la guerre. Ma femme fait des Sudoku (vous savez que Sudoku, en chinois, ça veut dire : transpire des fesses ?) et mon fils devient super pro à Gran Turismo. Vraiment des vacances de merde.
Mais bon, un peu d’espoir, un billet d’avion virtuel et le « mariage » d’Uli en point de mire, frontière tchèque, le 26 août.
Mais de quoi parle-je ? De vacances, alors que mon pays d’adoption compte ses morts et ses blessés ? Ben, à chacun sa guerre, hein. Nous, on n’a rien demandé… et on ne nous a pas demandé notre avis. Vous savez, cette bataille elle me fait penser à un match de foot, une finale de Coupe : généralement un match nul, peu spectaculaire et un résultat qui ne satisfait personne. Reste les prolongations : la diplomatie, et puis avec un peu de chance, les penaltys à Noël. En espérant que Syrie et Iran resteront sur la touche jusqu’à la fin du match… Les bons joueurs ? Bien sûr, Monsieur Siniora, notre super premier ministre improvisé Prix Nobel de la Paix-Wannabe. Un vrai homme politique, comme chez les blancs : moderne, modéré, modérateur et humain, affreusement humain, pour un politicien arabe. Nous sommes généralement plus habitués aux fanfarons militaires, titulaires de diplômes en dictature policière, porteurs de toutes les valeurs de l’intégrisme qu’il soit nationaliste ou religieux. Nous en avons deux exemplaires soignés ici : Lahoud, le marin et Aoun le marrant. Deux carrières militaires opposées, l’un qui s’enfuit en 90 après avoir lancé le pays dans une cruelle guerre civile entre chrétiens, l’autre qui profite du vide créé par l’occupation (!!) pour devenir cireur de pompes syriennes en chef. Et ces deux défenseurs de la cause militaire arabe sont aujourd’hui alliés contre notre beau gouvernement de M. Siniora. Normal, Siniora, c’est la démocratie, la modernité, la justice et le respect des lois internationales. C’est aussi la recherche de l’entente, entre les gens et non pas entre les partis. C’est aussi la première tentative de donner au Liban une respectabilité, voire même une existence politique crédible aux yeux du monde. Aoun avait fait une entente avec le Hezb, il s’en est beaucoup vanté. Personnellement, je pense qu’il aurait mieux fait de faire une entente avec les chiites. Et les autres libanais… Que reste t-il de son entente, maintenant ? Il s’est allié avec le diable, contre nature, mais le diable est presque mort (mais sa queue bouge encore…). Aujourd’hui Aoun dit que s’il avait été nommé président l’an dernier, il aurait fait ci et ça et qu’il aurait en tout cas fait mieux. Un journaliste télé lui a répondu : je préfère un politicien qui fait peu, mais qui fait, plutôt qu’un militaire qui ne fait que parler… et critiquer.
Bon, tout ça, ce sont des affaires internes. Mais je souhaite vraiment que les libanais retiennent la leçon. C’est quand le peuple est uni que les choses se font. Trop souvent, dans ce pays, les gens abdiquent devant leurs leaders. Lors des manifs de 2005, j’avais préparé un panneau avec la phrase de Goldmann : If the people lead, the leaders will follow….
Donc voilà, comme je vous l’avais promis, cette chronique commence par cette résolution de l’ONU, pour un cessez-le-feu unilatéral. Elle finit en espérant que les libanais aussi prendront de bonnes résolutions, qu’ils se feront confiance et qu’ils arrêteront de se regarder à travers le prisme vicieux des religions. Mais là, faut pas rêver…
Allez, c’est fini cette chronique pleine d’espoir. Il me reste encore 56 mots fléchés avant la fin de la guerre…
Ce samedi matin, c’était un peu comme Noël, ici. Ma femme s’est réveillée à 7h moins quart, puis a couru en dehors de la chambre en direction de la petite radio orange à pile de ma belle mère (non, il n’y a pas d’électricité). Et le cadeau était là : une résolution de l’ONU, toute chaude encore, votée cette nuit par les 15 pays du Conseil de sécurité. Ok, ce n’est pas encore grand-chose, mais c’est le premier signe positif depuis 1 mois maintenant. Un signe de paix, un signe de dehors, un bras tordu aux américains par leurs amis français… Reste maintenant à ce que les belligérants acceptent : Hezbollah devrait accepter aujourd’hui à travers la voix de ses représentants au sein du gouvernement libanais, Israël devrait prendre son temps (c’est Shabbat aujourd’hui) et décider demain de respecter enfin une résolution de l’ONU… Ensuite, on devrait avoir une cessation des combats sur le sol, puis le déploiement des renforts de l’UNIFIL et de l’armée libanaise à la place des conquérants davidoétoilés. On espère qu’ils vont commencer à réparer l’aéroport, pour qu’on puisse enfin prendre l’air, dans tous les sens du terme !!! Les vacances finissent dans 15 jours !
Et quelles vacances : vivre à 14 dans une maison (grande, je l’avoue), ne pas sortir, si ce n’est pour aller acheter des trucs à bouffer, regarder la télé ou jouer à la PS2 quand il y a de l’électricité, manger et le truc pire que tout : s’ennuyer. Cela fait 30 ans que je ne me suis pas ennuyé pendant des vacances !!! Imaginez : hier j’ai acheté un cahier de mots fléchés !!! Ma grand-mère serait fière de moi !! Et aujourd’hui, j’ai reproduit au crayon de couleurs 2 pleines pages de Tintin, respectivement la base de lancement de la fusée dans Objectif Lune (j’vous dit pas la casse-tête pour les échafaudages) et l’hydravion dans le Crabe au pinces d’Or. Ca occupe, c’est la guerre. Ma femme fait des Sudoku (vous savez que Sudoku, en chinois, ça veut dire : transpire des fesses ?) et mon fils devient super pro à Gran Turismo. Vraiment des vacances de merde.
Mais bon, un peu d’espoir, un billet d’avion virtuel et le « mariage » d’Uli en point de mire, frontière tchèque, le 26 août.
Mais de quoi parle-je ? De vacances, alors que mon pays d’adoption compte ses morts et ses blessés ? Ben, à chacun sa guerre, hein. Nous, on n’a rien demandé… et on ne nous a pas demandé notre avis. Vous savez, cette bataille elle me fait penser à un match de foot, une finale de Coupe : généralement un match nul, peu spectaculaire et un résultat qui ne satisfait personne. Reste les prolongations : la diplomatie, et puis avec un peu de chance, les penaltys à Noël. En espérant que Syrie et Iran resteront sur la touche jusqu’à la fin du match… Les bons joueurs ? Bien sûr, Monsieur Siniora, notre super premier ministre improvisé Prix Nobel de la Paix-Wannabe. Un vrai homme politique, comme chez les blancs : moderne, modéré, modérateur et humain, affreusement humain, pour un politicien arabe. Nous sommes généralement plus habitués aux fanfarons militaires, titulaires de diplômes en dictature policière, porteurs de toutes les valeurs de l’intégrisme qu’il soit nationaliste ou religieux. Nous en avons deux exemplaires soignés ici : Lahoud, le marin et Aoun le marrant. Deux carrières militaires opposées, l’un qui s’enfuit en 90 après avoir lancé le pays dans une cruelle guerre civile entre chrétiens, l’autre qui profite du vide créé par l’occupation (!!) pour devenir cireur de pompes syriennes en chef. Et ces deux défenseurs de la cause militaire arabe sont aujourd’hui alliés contre notre beau gouvernement de M. Siniora. Normal, Siniora, c’est la démocratie, la modernité, la justice et le respect des lois internationales. C’est aussi la recherche de l’entente, entre les gens et non pas entre les partis. C’est aussi la première tentative de donner au Liban une respectabilité, voire même une existence politique crédible aux yeux du monde. Aoun avait fait une entente avec le Hezb, il s’en est beaucoup vanté. Personnellement, je pense qu’il aurait mieux fait de faire une entente avec les chiites. Et les autres libanais… Que reste t-il de son entente, maintenant ? Il s’est allié avec le diable, contre nature, mais le diable est presque mort (mais sa queue bouge encore…). Aujourd’hui Aoun dit que s’il avait été nommé président l’an dernier, il aurait fait ci et ça et qu’il aurait en tout cas fait mieux. Un journaliste télé lui a répondu : je préfère un politicien qui fait peu, mais qui fait, plutôt qu’un militaire qui ne fait que parler… et critiquer.
Bon, tout ça, ce sont des affaires internes. Mais je souhaite vraiment que les libanais retiennent la leçon. C’est quand le peuple est uni que les choses se font. Trop souvent, dans ce pays, les gens abdiquent devant leurs leaders. Lors des manifs de 2005, j’avais préparé un panneau avec la phrase de Goldmann : If the people lead, the leaders will follow….
Donc voilà, comme je vous l’avais promis, cette chronique commence par cette résolution de l’ONU, pour un cessez-le-feu unilatéral. Elle finit en espérant que les libanais aussi prendront de bonnes résolutions, qu’ils se feront confiance et qu’ils arrêteront de se regarder à travers le prisme vicieux des religions. Mais là, faut pas rêver…
Allez, c’est fini cette chronique pleine d’espoir. Il me reste encore 56 mots fléchés avant la fin de la guerre…
lundi, août 07, 2006
Chronique ordinaire N.11
11
Bon, cette semaine, il semble que tout va se décider. Soit on arrête les conneries et on commence à penser à sortir de cette guerre de débiles mentaux, soit c’est parti pour six mois de carnages, à la vitesse où vont les choses. Les français et les américains se sont mis d’accord sur un accord, sans être franchement d’accord. Le problème, c’est que ni les libanais, ni les israéliens ne semblent eux non plus d’accord avec l’accord. Comme disent les journalistes, cet accord est une concession au désaccord. Les libanais veulent leur droit, les israéliens veulent leur sécurité, mais personne ne se fait confiance. Les syriens et les iraniens, dont les peuples et les armées regardent leur guerre à la télévision veulent eux aussi gagner quelque chose. Alors finalement, on ne fait pas la paix, car la paix, c’est la pire des solutions pour tout le monde : sauf le peuple libanais… Et aujourd’hui, je regardais le premier ministre, la voix pleine de sanglots, les yeux trempés, demander le soutien des représentants à la conférence extraordinaire de la Ligue arabe, alors que son peuple paie le prix de la couardise de tous ces pays. La plupart d’entre eux soutiennent la résistance islamique, voire la financent et la plupart d’entre eux ont des accords de paix avec Israël, y compris des ambassades ou des accords commerciaux ! Quelle grosse bande de faux culs, ces arabes… Tous les représentants ont regardé le PM Siniora plonger en larmes dans son mouchoir, avec à la fois de la compassion et sûrement beaucoup de joie de ne pas être à sa place… Je me console en me disant qu’ils se donneront bonne conscience en sortant leur chéquier pour faire reconstruire le pays dans lequel ils passent leurs vacances.
Donc on attend ici le vote de la résolution de l’ONU, sans trop d’espoir. J’ai aussi l’impression que cette résolution est comme un gros Panadol que se donnent les membres du Conseil de sécurité. Ils se sont entendus, ils ont proposé et ce sont les belligérants qui auront refusé. Encore une histoire de bonne conscience. Je repensais l’autre jour aux accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre de Bosnie. Une force internationale, pour faire appliquer un accord politique. Voilà le modèle… L’inverse, c’est le Kosovo. Des soldats, des UN, mais toujours pas d’accord politique. Et une province transformée en plaque tournante de la mafia… et quelques accrochages de temps en temps. Surtout ce qu’il ne faut pas faire ici. Le problème doit être réglé une bonne fois pour toute. Sinon, ça ne finira jamais…
La situation ici est maintenant très chaotique… Le manque d’essence commence à vraiment devenir gênant. Les rayons des supermarchés deviennent de plus en plus légers et la plupart des produits étrangers disparaissent l’un après l’autre. Les rumeurs les plus folles circulent : aujourd’hui, on dit que les 4x4 sont visés par les israéliens et que toutes les voitures aux vitres fumées (une culture, ici) seront détruites par l’aviation. Des messages passent à la télé pour donner des conseils aux gens déplacés (presque 1 million) pour rester propre et éviter les infections diverses. Des gens disent même que la peste est réapparue au Sud, mais je n’y crois pas.
Par contre, ce matin, je suis allé au Satellity avec les enfants. Des amies ont un appartement là-bas et il y a une grande piscine. J’ai fait un petit calcul : il y 30 apparts par blocs et il y a au moins 30 blocs : 900 apparts, avec en moyenne 4 personnes dedans. Environ 3500 personnes, qui vivent en toute quiétude, à 1200 m d’altitude, avec leur propre électricité, leur propre supermarché, et leurs servantes philippines. Les tantes boivent le café au bord de la piscine, les enfants tout bronzés se bombardent au fusil à eau et les demoiselles en bikini font des ronds de jambe dans l’eau. Le bonheur, la quiétude, la douceur de vivre à 40km de la mort et des bombes. C’est fou.
Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais en vacances, en Europe. C’était très réel comme rêve, je me souviens de tout. J’espère que c’était prémonitoire…
En tout cas, on se prépare à passer un second mois de guerre. Mais faudrait pas que cela tarde, car l’hiver n’est pas sympathique au Liban et avec 1 million de gens dehors, je ne sais pas ce qu’il va se passer. De plus, la plupart des réfugiés sont dans des écoles, ce qui risque de compromettre la rentrée scolaire. Ce qui est vraiment fou, c’est que les victimes de cette guerre sont principalement les supporters des partis chiites, Hezbollah et Amal. Or, tous ces gens vont se jeter dans les bras de ces organisations politiques pour soigner leurs bobos. C’est curieux. C’est comme un cercle vicieux : les gens sont pauvres, ils sont récupérés par des mouvements religieux intégristes, qui les maintiennent dans la pauvreté, les éduquent au martyr et à la frustration, s’en servent dans les conflits militaires pour finalement les récupérer encore plus pauvres et frustrés lorsque le conflit est terminé… Vraiment curieux.
J’espère que ma prochaine chronique portera sur le cessez-le-feu décidé cette semaine. En attendant, chaque jour amène son lot de massacres et de victimes innocentes. 2 carnages aujourd’hui… et sûrement plein de soldats tués des deux bords. Moi je crois que les israéliens vont lâcher à l’ONU, car ils n’ont qu’une peur : les fameux Zalzal, ces missiles qui peuvent toucher Tel Aviv. Un seul et c’est toute la stratégie israélienne qui s’écroule : la force militaire ne peut rien contre un mouvement de guérilla, composé de fanatiques de leur cause. Et ils peuvent bien continuer à détruire tous les ponts du pays, les islamistes amèneront leurs missiles sur leur dos et les balanceront à coup de pied sur la Palestine occupée.
Allez, bonne semaine à vous. Au fait, l’OL est déjà en tête du championnat…
Bon, cette semaine, il semble que tout va se décider. Soit on arrête les conneries et on commence à penser à sortir de cette guerre de débiles mentaux, soit c’est parti pour six mois de carnages, à la vitesse où vont les choses. Les français et les américains se sont mis d’accord sur un accord, sans être franchement d’accord. Le problème, c’est que ni les libanais, ni les israéliens ne semblent eux non plus d’accord avec l’accord. Comme disent les journalistes, cet accord est une concession au désaccord. Les libanais veulent leur droit, les israéliens veulent leur sécurité, mais personne ne se fait confiance. Les syriens et les iraniens, dont les peuples et les armées regardent leur guerre à la télévision veulent eux aussi gagner quelque chose. Alors finalement, on ne fait pas la paix, car la paix, c’est la pire des solutions pour tout le monde : sauf le peuple libanais… Et aujourd’hui, je regardais le premier ministre, la voix pleine de sanglots, les yeux trempés, demander le soutien des représentants à la conférence extraordinaire de la Ligue arabe, alors que son peuple paie le prix de la couardise de tous ces pays. La plupart d’entre eux soutiennent la résistance islamique, voire la financent et la plupart d’entre eux ont des accords de paix avec Israël, y compris des ambassades ou des accords commerciaux ! Quelle grosse bande de faux culs, ces arabes… Tous les représentants ont regardé le PM Siniora plonger en larmes dans son mouchoir, avec à la fois de la compassion et sûrement beaucoup de joie de ne pas être à sa place… Je me console en me disant qu’ils se donneront bonne conscience en sortant leur chéquier pour faire reconstruire le pays dans lequel ils passent leurs vacances.
Donc on attend ici le vote de la résolution de l’ONU, sans trop d’espoir. J’ai aussi l’impression que cette résolution est comme un gros Panadol que se donnent les membres du Conseil de sécurité. Ils se sont entendus, ils ont proposé et ce sont les belligérants qui auront refusé. Encore une histoire de bonne conscience. Je repensais l’autre jour aux accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre de Bosnie. Une force internationale, pour faire appliquer un accord politique. Voilà le modèle… L’inverse, c’est le Kosovo. Des soldats, des UN, mais toujours pas d’accord politique. Et une province transformée en plaque tournante de la mafia… et quelques accrochages de temps en temps. Surtout ce qu’il ne faut pas faire ici. Le problème doit être réglé une bonne fois pour toute. Sinon, ça ne finira jamais…
La situation ici est maintenant très chaotique… Le manque d’essence commence à vraiment devenir gênant. Les rayons des supermarchés deviennent de plus en plus légers et la plupart des produits étrangers disparaissent l’un après l’autre. Les rumeurs les plus folles circulent : aujourd’hui, on dit que les 4x4 sont visés par les israéliens et que toutes les voitures aux vitres fumées (une culture, ici) seront détruites par l’aviation. Des messages passent à la télé pour donner des conseils aux gens déplacés (presque 1 million) pour rester propre et éviter les infections diverses. Des gens disent même que la peste est réapparue au Sud, mais je n’y crois pas.
Par contre, ce matin, je suis allé au Satellity avec les enfants. Des amies ont un appartement là-bas et il y a une grande piscine. J’ai fait un petit calcul : il y 30 apparts par blocs et il y a au moins 30 blocs : 900 apparts, avec en moyenne 4 personnes dedans. Environ 3500 personnes, qui vivent en toute quiétude, à 1200 m d’altitude, avec leur propre électricité, leur propre supermarché, et leurs servantes philippines. Les tantes boivent le café au bord de la piscine, les enfants tout bronzés se bombardent au fusil à eau et les demoiselles en bikini font des ronds de jambe dans l’eau. Le bonheur, la quiétude, la douceur de vivre à 40km de la mort et des bombes. C’est fou.
Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais en vacances, en Europe. C’était très réel comme rêve, je me souviens de tout. J’espère que c’était prémonitoire…
En tout cas, on se prépare à passer un second mois de guerre. Mais faudrait pas que cela tarde, car l’hiver n’est pas sympathique au Liban et avec 1 million de gens dehors, je ne sais pas ce qu’il va se passer. De plus, la plupart des réfugiés sont dans des écoles, ce qui risque de compromettre la rentrée scolaire. Ce qui est vraiment fou, c’est que les victimes de cette guerre sont principalement les supporters des partis chiites, Hezbollah et Amal. Or, tous ces gens vont se jeter dans les bras de ces organisations politiques pour soigner leurs bobos. C’est curieux. C’est comme un cercle vicieux : les gens sont pauvres, ils sont récupérés par des mouvements religieux intégristes, qui les maintiennent dans la pauvreté, les éduquent au martyr et à la frustration, s’en servent dans les conflits militaires pour finalement les récupérer encore plus pauvres et frustrés lorsque le conflit est terminé… Vraiment curieux.
J’espère que ma prochaine chronique portera sur le cessez-le-feu décidé cette semaine. En attendant, chaque jour amène son lot de massacres et de victimes innocentes. 2 carnages aujourd’hui… et sûrement plein de soldats tués des deux bords. Moi je crois que les israéliens vont lâcher à l’ONU, car ils n’ont qu’une peur : les fameux Zalzal, ces missiles qui peuvent toucher Tel Aviv. Un seul et c’est toute la stratégie israélienne qui s’écroule : la force militaire ne peut rien contre un mouvement de guérilla, composé de fanatiques de leur cause. Et ils peuvent bien continuer à détruire tous les ponts du pays, les islamistes amèneront leurs missiles sur leur dos et les balanceront à coup de pied sur la Palestine occupée.
Allez, bonne semaine à vous. Au fait, l’OL est déjà en tête du championnat…
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