vendredi, juillet 28, 2006

Chronique ordinaire N°3

Bon, je vous avais promis ce matin mon point de vue sur la situation. Le voilà. Tout d’abord, il faut regarder la situation selon un angle plus large : the big picture comme disent les anglais… Occupation militaire de presque toute la Palestine, le Hamas au gouvernement à Gaza, l’Iran qui cherche à obtenir le droit de construire des armes atomiques (comme l’Inde, le Pakistan, ou Israël), la Syrie empêtrée dans l’enquête internationale sur la mort de Hariri et les USA noyés dans la guerre civile entre chiites et sunnites en Iraq. Au Liban, une transition démocratique totalement chaotique, du fait du maintien par de nombreux hommes politiques chrétiens et chiites de leurs liens avec l’ancien régime syrien. Une résolution de l’ONU, la 1559, qui demande le désarmement de toutes les milices – comprenez Hezbollah et les palestiniens et la prise de contrôle de tout le territoire libanais par l’armée. A savoir qu’après le retrait israélien de 2000, le sud Liban (une bande de territoire de 30 km de large le long de la frontière sud) est resté sous contrôle du Hezb. Aucun soldat libanais n’a le droit d’y pénétrer.

De plus, il y a des prisonniers libanais en Israël depuis plus de 20 ans et quelques 10000 prisonniers palestiniens.

Sans compter l’occupation par Tsahal d’un bout de territoire libanais, les fermes de Cheeba, aux confins de la Syrie et du Liban. Ce petit territoire est libanais, mais Damas refuse d’en reconnaître officiellement la libanité. Pour une raison très simple : si les fermes sont libanaises, elles tombent sous le coup de la résolution 425 de l’ONU et non plus la 242. La 242 demande le retrait du plateau du Golan, qui est syrien. Or, si Israël se retire de Cheeba, comme le veut la 425, il n’y a plus de raison pour le Liban de rester en guerre avec Israël, voire de raison à faire de la résistance, donc de raison pour Hezbollah d’exister. Or tout le monde sait que Hezbollah obéit à Damas et Téhéran, qui financent le mouvement à hauteur de 100 millions par an, principalement grâce à l’argent de la drogue d’Amérique du Sud et de diamants d’Afrique de l’Ouest. En contrepartie de sa main mise sur le sud Liban et la banlieue sud de Beyrouth, Hezbollah assure les services essentiels que l’état libanais ne peut pas fournir : santé, éducation, etc. C’est à la fois un parti politique qui a des ministres et des députés, une organisation sociale et religieuse et une armée de guérilla super équipée. Des gens adorables.

Ce qui s’est passé jeudi dernier, ne relève en aucun cas d’une stratégie libanaise. Bien au contraire… Les libanais en ont assez de ce parti tentaculaire, qui bloque toute la vie politique par ses menaces et qui empêche l’état de s’imposer. De plus, un chef chrétien, Michel Aoun s’est allié avec le Hezbollah pour faire tomber le gouvernement, qu’il juge trop proche des ambassades françaises et américaines. Depuis 10 mois, il est presque impossible pour le gouvernement de Fouad Siniora, l’héritier politique de Hariri, issu de la révolution du cèdre, de prendre la moindre décision politique… Pourtant, le Liban devait connaître un été merveilleux avec 2 millions de touristes attendus, 5% de croissance économique et surtout le dénouement de l’enquête Hariri… Trop pour Damas, qui n’a pas tellement apprécié de s’être fait jeter du Liban l’an dernier. Donc, Damas a donné l’ordre au Hezb de passer à l’action. Et je pense personnellement que nul ne s’attendait à une telle réaction des hébreux… Faut dire que le Hezb représente une vraie menace au Nord pour Israël et les roquettes qui tombent sur Haïfa ne sont pas des blagues.

Au–delà de cette réalité locale, il y a un jeu de dupes entre l’Iran et les USA… L’Iran rêve, depuis la chute de Saddam, de créer un croissant sunnite de Téhéran jusqu’à la Méditerranée. Avec comme objectif la suppression pure et simple de l’état d’Israël. Je crois que beaucoup de personnes oublient que l’objectif du Hamas et du Hezb, ce n’est pas seulement de libérer deux ou trois prisonniers, ni d’obtenir la libération de 3 bouts de cailloux à Chebaa. Leur objectif, c’est les juifs à la mer. Sans négociation. Pour eux, Israël n’a pas le droit à l’existence, tout simplement. D’où la réaction israélienne : ils luttent pour leur survie, avec comme seul moyen la force. Car on ne discute pas avec des mouvements dont le but est de vous détruire. Arafat, Bashar, Moubarak sont des gens avec qui Israël pouvait ou peut parler. Pas le Hamas et le Hezb.

Ce qui va se passer maintenant, c’est une intensification des combats.
Israël ne peut pas s’arrêter en chemin : cela signifierait la victoire pour le Hezb, malgré les morts et les destruction. De toute façon, le Hezb se nourrit de la frustration et de la pauvreté, comme toute organisation religieuse, et va donc profiter du support de toutes ces familles décimées ou à la rue, sans plus rien. Qui perd, gagne. Donc Israël voudra aller au bout, libérer ses soldats et détruire l’arsenal militaire du Hezb. Mais c’est une stratégie dangereuse, car les combats seront rudes, Tsahal va avoir beaucoup de pertes et les luttes contre les guérillas ne sont pas faciles, on le voit en Iraq.

Autre option, la diplomatie : là encore, c’est difficile, car les USA, qui bloquent les résolutions de l’ONU sur Israël, profitent de ce qui se passe : lutte contre le terrorisme à des fins de politique interne, vente d’armes et déstabilisation des rapports de force qui pour l’instant ne leur sont pas favorables. Oubliez la France et l’ONU, ils n’ont aucun poids ici.

Autre option : bombarder Damas. Avec le risque d’une riposte iranienne.
Trop lourd pour Israël, qui lutte déjà sur trois fronts.

Donc, nous sommes clairement dans une logique de jusqu’au boutisme, car celui qui baisse la tête perd tout. Si Israël échange ses soldats, Hezb sera encouragé pour en prendre d’autres. Si Hezb demande un cessez-le-feu et libère les soldats, ils apparaissent comme des idiots d’avoir déclenché tout ça pour rien. Si l’ONU intervient, ils feront la job des USA et du gouvernement libanais et s’opposeront forcément au Hezb, sans pouvoir pour autant obtenir un retrait de Chebaa de Tsahal et une libération des prisonniers.

La vérité, c’est qu’il s’agit du début de la fin ici au Proche Orient.
C’est la bataille finale qui commence et elle en se terminera que par la victoire de l’un et la défaite de l’autre.

L’autre vérité, c’est que les dizaines de milliards de destruction ne seront pas payés ni par Israël, ni par l’Iran, ni par la Syrie… peut-être un peu par l’Europe (vos impôts), sûrement beaucoup par les arabes. Les mêmes qui financent Ben Laden, qui bénéficient de la hausse des prix du pétrole et qui viennent en vacances skier au Liban. Les meilleurs amis de Bush et de Chirac. Ceux qui ont les sous…

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