Chronique 12
Ce samedi matin, c’était un peu comme Noël, ici. Ma femme s’est réveillée à 7h moins quart, puis a couru en dehors de la chambre en direction de la petite radio orange à pile de ma belle mère (non, il n’y a pas d’électricité). Et le cadeau était là : une résolution de l’ONU, toute chaude encore, votée cette nuit par les 15 pays du Conseil de sécurité. Ok, ce n’est pas encore grand-chose, mais c’est le premier signe positif depuis 1 mois maintenant. Un signe de paix, un signe de dehors, un bras tordu aux américains par leurs amis français… Reste maintenant à ce que les belligérants acceptent : Hezbollah devrait accepter aujourd’hui à travers la voix de ses représentants au sein du gouvernement libanais, Israël devrait prendre son temps (c’est Shabbat aujourd’hui) et décider demain de respecter enfin une résolution de l’ONU… Ensuite, on devrait avoir une cessation des combats sur le sol, puis le déploiement des renforts de l’UNIFIL et de l’armée libanaise à la place des conquérants davidoétoilés. On espère qu’ils vont commencer à réparer l’aéroport, pour qu’on puisse enfin prendre l’air, dans tous les sens du terme !!! Les vacances finissent dans 15 jours !
Et quelles vacances : vivre à 14 dans une maison (grande, je l’avoue), ne pas sortir, si ce n’est pour aller acheter des trucs à bouffer, regarder la télé ou jouer à la PS2 quand il y a de l’électricité, manger et le truc pire que tout : s’ennuyer. Cela fait 30 ans que je ne me suis pas ennuyé pendant des vacances !!! Imaginez : hier j’ai acheté un cahier de mots fléchés !!! Ma grand-mère serait fière de moi !! Et aujourd’hui, j’ai reproduit au crayon de couleurs 2 pleines pages de Tintin, respectivement la base de lancement de la fusée dans Objectif Lune (j’vous dit pas la casse-tête pour les échafaudages) et l’hydravion dans le Crabe au pinces d’Or. Ca occupe, c’est la guerre. Ma femme fait des Sudoku (vous savez que Sudoku, en chinois, ça veut dire : transpire des fesses ?) et mon fils devient super pro à Gran Turismo. Vraiment des vacances de merde.
Mais bon, un peu d’espoir, un billet d’avion virtuel et le « mariage » d’Uli en point de mire, frontière tchèque, le 26 août.
Mais de quoi parle-je ? De vacances, alors que mon pays d’adoption compte ses morts et ses blessés ? Ben, à chacun sa guerre, hein. Nous, on n’a rien demandé… et on ne nous a pas demandé notre avis. Vous savez, cette bataille elle me fait penser à un match de foot, une finale de Coupe : généralement un match nul, peu spectaculaire et un résultat qui ne satisfait personne. Reste les prolongations : la diplomatie, et puis avec un peu de chance, les penaltys à Noël. En espérant que Syrie et Iran resteront sur la touche jusqu’à la fin du match… Les bons joueurs ? Bien sûr, Monsieur Siniora, notre super premier ministre improvisé Prix Nobel de la Paix-Wannabe. Un vrai homme politique, comme chez les blancs : moderne, modéré, modérateur et humain, affreusement humain, pour un politicien arabe. Nous sommes généralement plus habitués aux fanfarons militaires, titulaires de diplômes en dictature policière, porteurs de toutes les valeurs de l’intégrisme qu’il soit nationaliste ou religieux. Nous en avons deux exemplaires soignés ici : Lahoud, le marin et Aoun le marrant. Deux carrières militaires opposées, l’un qui s’enfuit en 90 après avoir lancé le pays dans une cruelle guerre civile entre chrétiens, l’autre qui profite du vide créé par l’occupation (!!) pour devenir cireur de pompes syriennes en chef. Et ces deux défenseurs de la cause militaire arabe sont aujourd’hui alliés contre notre beau gouvernement de M. Siniora. Normal, Siniora, c’est la démocratie, la modernité, la justice et le respect des lois internationales. C’est aussi la recherche de l’entente, entre les gens et non pas entre les partis. C’est aussi la première tentative de donner au Liban une respectabilité, voire même une existence politique crédible aux yeux du monde. Aoun avait fait une entente avec le Hezb, il s’en est beaucoup vanté. Personnellement, je pense qu’il aurait mieux fait de faire une entente avec les chiites. Et les autres libanais… Que reste t-il de son entente, maintenant ? Il s’est allié avec le diable, contre nature, mais le diable est presque mort (mais sa queue bouge encore…). Aujourd’hui Aoun dit que s’il avait été nommé président l’an dernier, il aurait fait ci et ça et qu’il aurait en tout cas fait mieux. Un journaliste télé lui a répondu : je préfère un politicien qui fait peu, mais qui fait, plutôt qu’un militaire qui ne fait que parler… et critiquer.
Bon, tout ça, ce sont des affaires internes. Mais je souhaite vraiment que les libanais retiennent la leçon. C’est quand le peuple est uni que les choses se font. Trop souvent, dans ce pays, les gens abdiquent devant leurs leaders. Lors des manifs de 2005, j’avais préparé un panneau avec la phrase de Goldmann : If the people lead, the leaders will follow….
Donc voilà, comme je vous l’avais promis, cette chronique commence par cette résolution de l’ONU, pour un cessez-le-feu unilatéral. Elle finit en espérant que les libanais aussi prendront de bonnes résolutions, qu’ils se feront confiance et qu’ils arrêteront de se regarder à travers le prisme vicieux des religions. Mais là, faut pas rêver…
Allez, c’est fini cette chronique pleine d’espoir. Il me reste encore 56 mots fléchés avant la fin de la guerre…
samedi, août 12, 2006
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