Juste un petit message pour vous donner quelques explications sur ce qui se passe ici. La situation est compliquée et les raccourcis des télés, journaux et radios que vous écoutez habituellement ne sont pas du tout en phase avec ce qui se passe régulièrement.
Comme vous le savez, le Liban s'est débarrassé de la tutelle militaire et politique de la Syrie, suite à l'assassinat de Hariri. Mais ce pays "frère" conserve au Liban de nombreux alliés et un réseau très dense de "services", divisés entre partis politiques, personnalités, groupuscules soi-disant islamistes et bandes criminelles. Ces réseaux obéissent aux ordres de Damas, par l'intermédiaire de seconds bureaux, dirigés par des proches de Bashar Assaad et de sa famille. Ce sont ces réseaux qui sont soupçonnés par la justice internationale (Enquête Brammetz) d'avoir tué Hariri et d'avoir également perpétré les 15 attentats au Liban depuis 2005.
Parmi les soutiens dont dispose la Syrie au Liban, il y a plusieurs groupuscules armés, dirigés depuis la Syrie, comme les groupes FPLP-CG de Ahmad Jibril, le Jund El Chams et le Fatah - Intifada. Ces groupes se réclament de la résistance palestinienne, mais agissent selon les intérêts syriens. Ils sont admis dans les camps palestiniens au Liban, car le Liban n'y a aucune autorité. Ni la police, ni l'armée n'a le droit, depuis un accord de 1969, de pénétrer les camps. Les organisations palestiniennes (Fatah et Hamas) ne reconnaissent pas ses groupes, avec qui ils se battent fréquemment pour le contrôle des camps. Ces groupes recrutent principalement dans les prisons syriennes et dans les mouvances proches de Al-Qaïda. Les combattants de ses groupes sont donc des islamistes salafistes pour la plupart, provenant de différents pays musulmans (Yémen, Bangladesh, etc..) et sont persuadés de participer au Jihad. Mais les missions qui leurs sont confiées n'ont rien à voir avec le Jihad, mais bien avec la défense des intérêts politiques et mafieux de la Syrie (braquages de banques, attentats, explosions et assassinats ciblés). En clair, ils sont manipulés.
A ce propos, il ne faut pas confondre ses groupes avec les vrais groupes de Al-Qaïda qui sont au Liban, comme ceux qui ont affronté l'armée il y a 5 ans à Deniyeh dans le nord ou ceux de Majdel Anjar. Ceux-là sont de vrais islamistes salafistes, mais libanais.
La Syrie, tout le monde le sait, souhaite empêcher la venue du tribunal de l'ONU chargé de juger les coupables des attentats faits au Liban depuis celui de Hariri. Elle a tenté tout d'abord de tuer journalistes et hommes politiques influents, elle a ensuite provoqué une scission au gouvernement en retirant les ministres qui lui sont fidèles. Elle a ensuite demandé à Hezbollah, son fidèle allié, de déclencher une guerre avec Israël pour détruire le Liban à la veille d'une saison touristique qui s'annonçait superbe. Suite à la guerre, elle a lancé une campagne de dénigrement du gouvernement pro-occidental et souverainiste, en stigmatisant une forme de collaboration avec Israël à travers le respect des résolutions de l'ONU (car ici, USA = Israël = ONU). Les ministres pro-syrien ont ensuite démissionné la veille du vote de la demande de création du tribunal par le gouvernement, puis ils ont lancé des émeutes violentes dans Beyrouth, en installant un sit-in en plein centre-ville. Ils ont ensuite tenté de provoquer des dissensions politiques autour de la lutte pour la présidence...
Jusqu'au premier attentant meurtrier depuis longtemps, les 2 bus de Ain Alak. C'est alors que les médias ont commencé à parler de Fatah Al Islam. Durant la guerre de juillet, de nombreuses personnes politiques en plus de l'ONU, ont alerté les autorités que des armes lourdes et des combattants provenant de Syrie entraient illégalement au Liban et se cachaient dans les camps palestiniens. La Syrie a fermé les yeux, tout en empêchant l'installation à sa frontière d'observateurs de l'ONU, demande pourtant officielle du gouvernement libanais. Les armes ont continué à entrer avec des combattants, et Fatah Al Islam a été montré à la télé, pointé du doigt pour l'attentat des 2 bus. Les responsables de ce groupe se disent des salafistes proches d'Al Qaïda, mais leur chef opérationnel est un des anciens colonels des services d'espionnage syrien. Le fait qu'ils se revendiquent d'Al Qaïda permet aux pro-syriens de dire qu'il s'agit d'un groupe sunnite (et non pas chiite comme le Hezbollah) et qu'il est soutenu par l'Arabie saoudite et non pas par la Syrie, qui est laïque et dirigée par des alaouites. En plus, ce groupe étant palestinien de par son appellation Fatah, il provoque confusion et accusations dans tous les sens. Ce groupe n'est donc ni palestinien, ni islamiste.
La semaine dernière, 3 banques ont été attaquées dans le nord et la police libanaise a retrouvé la trace des voleurs, membres de Fatah Al Islam, dans un appart à Tripoli. Après une intervention musclée, les coupables ont commencé à tirer sur la police et l'armée, et des renforts du groupe sont arrivés du camp de Nahr El Bared d'où viennent les Fatah Al Islam. Les combats ont dégénéré. Ils ont massacré des soldats libanais dans un poste de surveillance et attaqué à la mitrailleuse des jeeps de l'armée dans des embuscades sur la route principale de Tripoli.
Aujourd'hui, les Fatah Al Islam sont retranchés dans le camp de Nahr El Bared et utilisent la population comme bouclier humain. L'armée, qui ne peut entrer dans le camp, bombarde de loin, d'où les cris de vierges effarouchées des médias européens, qui voient mourir des civils. Il est très difficile pour l'armée de distinguer combattants et civils et le camp de NEB est très peuplé et très dense.
Donc, pour finir avec cette histoire : il ne s'agit en aucun cas d'un génocide de pauvres petits civils palestiniens par la vilaine armée libanaise et ses obus tirés à l'aveugle. Ce sont les Fatah Al Islam, qui tuent tous les civils qui essayent de s'enfuir du camp. Les médias occidentaux semblent accuser le Liban, qui ferait comme Israël. Mais comme en Israël, ces combattants palestiniens sont aussi responsables des attentats qui secouent Beyrouth depuis dimanche et qui terrorisent la population (en visant 2 centres commerciaux de Beyrouth, l'ABC et le Dunes). Il ne s'agit pas d'enfants de coeur qui luttent pour Al Qods, mais bien de terroristes criminels qui ont attaqué l'armée libanaise et qui profitent de leur retranchement dans un camp de civils.
Voilà, je devais faire court pour que ce soit clair. C'est raté.
mardi, juin 05, 2007
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