J'ai beau expliquer à Rami que c'est l'orage qui arrive, il me répond, mais non, papa, ce sont les fusils !
Beau dimanche, les combats se sont calmés à Beyrouth. Mon beauf et ma belle mère sont chez nous : j'ai fait du indian butter chicken et Mima a fait un super cake banane-chocolat. Nous sommes assis dans le salon. Et tout d'un coup, les murs tremblent. Boum. Boum-boum.
A deux kilomètres au sud de chez nous, a Choueiffate, une ville peuplée majoritairement de musulmans druzes et de chrétiens, plusieurs nuages de fumée s'élèvent : pour la première fois depuis, mercredi, date du début de l'offensive militaire de l'opposition contre les forces démocratiques, on assiste à un bombardement à l'artillerie. Le bruit est assourdissant, il vient de la zone située entre l'aéroport et la route de Saïda, fief du Hezb. On allume la télé : le hezb a attaqué la montagne druze et les supporters de Joumblatt, le seigneur de la montagne et chef du Parti socialiste progressif (PSP) sont déjà sommés de se rendre à l'armée libanaise... Les tirs s'intensifient : Myriam décrète l'état d'urgence : on prépare nos affaires en vue d'une fuite précipitée vers notre maison à la montagne. Rami emballe sa playstation en toute urgence, je ramasse passeports et laptop, Mima prend les affaires de Reem... et puis finalement, les tirs se calment : un cessez-le-feu est annoncé pour 18h... et celui-ci semble tenir à l'heure où je vous parle.
Donc plus de panique qu'autre chose, mais bon, ça commence à être moins drôle...
Je regarde mon mail : l'université devrait ouvrir demain. Je ne sais pas comment cela sera possible, mais bon.
Du point de vue de la situation, les choses deviennent un peu plus claires, même si la confusion règne toujours : le hezb a lancé une guerre directe contre les partis du gouvernement. Les sunnites de Hariri sont tombés vendredi, les druzes de Joumblatt sont tombés aujourd'hui. Sans combattre. Faut dire que l'histoire des milices du gouvernement, ces soi-disant armées saoudo-américaines, n'ont existé que dans les esprits lumineux des gens de Aoun. Tout le monde sait bien que seul le hezb a des armes, puisqu'il contrôle les frontières et l'aéroport. A moins qu'une usine de kalash ait été inaugurée en secret au Liban.
Autre enseignement : le hezb n'est plus un parti libanais. C'est une arme étrangère, qui tue des libanais, bloque l'aéroport, détruit Beyrouth. C'est une armée qui ne veut pas vivre avec les autres libanais, qui ne partage pas les valeurs des libanais, qui n'existe pas dans le même monde que nous, les gens qui travaillons, vivons pour nos enfants, espérons un futur pour ce pays.
Ca a le mérite d'être clair.
A demain.
dimanche, mai 11, 2008
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