
Vous vous souvenez du film "Le Seigneur des anneaux " ? La scène où se forme l'armée des orques, ces montres équipés de cette épée plate et noire ? Et bien, lors du dernier rassemblement du Hezb, cette image m'est venue à l'esprit, quand comme un seul homme, des milliers d'hommes en noir se sont mis à hurler "mort à l'Amérique, mort à Israël" en levant le poing et le faisant retomber sur leur poitrine...
Ces orques sont maintenant dans les rues de notre capitale, devant Starbucks sur Hamra, sur le parking de Zara à Verdun, ou dans les ruelles de Bosta, à 200m de mon bureau. Défiant une armée libanaise figée de terreur, ils défilent sur des mobylettes, avec leurs cagoules et leurs kalashs, leurs petits frères de 13 ou 14 ans assis à l'arrière.

Ils terrorisent les gens, principalement les sunnites, qui vivent dans ces régions, tirant au RPG sur des immeubles d'habitation, sur des magasins, incendiant les voitures et accessoirement tuant des membres du parti politique de Hariri, le Mouvement Futur.
Ils ont détruit la télé et le journal de ce dernier, dans un geste totalement incompréhensible : la résistance islamique, le Hezbollah, ont bénéficié depuis 2000 d'une impunité presque totale dans toutes leurs activités, sous prétexte que la lutte contre Israël est une priorité nationale. Ils se sont lancés dans une guerre en 2006, sans demander l'avis de personne, et le fait de ne pas s'être fait massacrer leur à permis de déclarer victoire, la victoire divine.
Durant cette guerre, le Hezb a également gagné le coeur de certains libanais, éblouis par le courage et le sens du martyr de leurs combattants. Les armes de la résistance sont désormais sacrées : devant la faiblesse de l'armée libanaise et l'attitude partisane des UN, le Hezb est une armée sacrée, privée, mais dont l'agenda est bien différent de celui des institutions politiques libanaises. Et des libanais assoiffés de paix et de tranquillité.
Or, les évènements de ces derniers jours ont poussé le Hezb a utiliser ses armes contre des libanais. Contre des citoyens libanais. Pour de vagues motivations politiques. Une histoire de sécurité à l'aéroport et la mise en évidence d'un réseau de télécom privé permettant au Hezb de by-passer le réseau national.
Voici donc aujourd'hui les raisons pour lesquelles la victoire "militaire" du Hezb, sur des populations civiles proportionnellement désarmées est une victoire à la Pyrrhus :
- Le hezb a utilisé ses armes vers l'intérieur. Ses armes ne sont donc plus sacrées.
- Le hezb a bloqué l'aéroport, envahi Beyrouth et tué des libanais : comme Israël.
- Le hezb a tenté de renverser le gouvernement par la force : il n'est plus une force démocratique qui peut prétendre au jeu démocratique.
- Le hezb s'en est pris aux journalistes et à une télé internationale écoutée dans le monde arabe : il a perdu le soutien de la presse et des journalistes indépendants.
- Le hezb a monté contre lui les gens qui avaient un minimum de respect pour lui : il le payera aux élections, si elles ont lieu un jour...
- Le hezb ne sait pas quoi faire de sa victoire : le premier ministre est plus fort que jamais et le hezb devra maintenant négocier en position d'accusé, clairement coupable.
- Le hezb a perdu le respect de la rue arabe sunnite : il ne lui reste que l'Iran et la Syrie.
- Le hezb n'a pas répondu aux attentes de ses supporters qui comptaient sur une victoire totale.
On peut ainsi facilement se demander si le hezb, comme Israël en 2006, n'est pas tombé dans un piège savamment organisé par la majorité et les USA. Les évènements prochains vont nous permettre d'y voir plus clair.
Nous, pas de soucis : nous sommes allés aujourd'hui manger un burger chez Roadster à Jal El Dib. Là-bas, la vie est comme d'hab. Familles, courses, magasins ouverts. La seule inquiétude, c'est concernant les écoles et surtout l'université lundi : comment gérer une classe où 50% est Hezb et 50% hariri ? Jusqu'à maintenant, cela en restait aux insultes et moqueries. Mais il se peut que dans une même classe se retrouvent des jeunes qui se sont battus dans la rue la veille... On verra.
Allez, ce soir, OL-Nancy. J'avais des billets... je devais être au stade avec Gilles. Et demain, je devais manger avec ma mère et ma soeur, voir ma grand-mère. Ce sera pour une autre fois, si on arrive un jour à réouvrir l'aéroport.
Bises

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